Des chaines et des hommes
avril 11, 2018 9:22 am Commentaires fermés sur Des chaines et des hommesDans l’histoire de la construction, les chaînes ont toujours joué un rôle essentiel sur les chantiers. Pour tirer, porter, soulever, fortifier et parfois même décorer, les chaînes se retrouvent de partout, même dans des donjons qui n’ont rien d’historique. La chaîne et ses différentes utilisations, aussi variées fussent-elles, est toujours lourde de sens et de symboles, en voici une petite rétrospective.
Architecture : de chaînes, mais pas d’acier
Les chaînes sont évidemment liées à la construction, mais le chaînage est une technique très ancienne puisqu’on la découvre décrite dans les écrits d’Hérodote, – 400 avant JC, où il explique comment les bâtisseurs utilisaient les chaînages en roseau dans la citadelle de Babylone. Ensuite de l’Égypte à l’antique Grèce sans oublier Rome, la technique du chaînage est utilisée dans les maçonneries, parfois en fer, souvent en bois, pour relier les blocs. Ce ne sont pas encore d’authentiques chaînes, mais l’idée est déjà là. Chez les Mérovingiens et les Carolingiens, peu de constructions n’utilisent pas le chaînage en bois. Il faut attendre le Moyen Âge pour que des chaînes soient utilisées dans la construction et la technique du chaînage. Cette technique n’a pas été utilisée que pour le bâti grossier et commun. Pierre de Montereau a utilisé les chaînes dans la construction de la Sainte-Chapelle, commandé par Saint-Louis, pour accueillir les saintes reliques du Christ. La chapelle palatine est une merveille absolue. Qui pourrait imaginer qu’à l’intérieur de ses murs se cachent des chaînes pour la tenir debout ? Plus tard dans l’histoire, les chaînes seront remplacées par des tiges en acier jusqu’à devenir la pierre armée.
Des chaînes pour protéger
Nous sommes au XIII siècle et les villes côtières voient le danger surgir des horizons. Dans les villes prestigieuses de la Rochelle à La Valette, sur les rives de l’Egypte à Damiette, les hommes protégeaient les ports à l’aide de chaînes gigantesques appelées estacades qui barraient la route aux navires des pirates, aux bâtiments de guerre… Ces chaînes pesaient plusieurs tonnes et étaient tendues à travers l’entrée du port avec un système de poulies. À chaque extrémité, on pouvait trouver une fortification. Le port de la Valette à Malte est un bel exemple où on peut encore voir cette méthode de défense. Malheureusement, cette technique de défense était loin d’être inviolable. Les belligérants envoyaient des chaloupes attaquées les fortifications pour lâcher la chaîne, quand les bâtiments de guerre ne parvenaient pas à briser la chaîne.
Des chaînes pour attacher les hommes et leurs idées
Les chaînes ont perdu le symbolisme des liens sacrés que l’on peut trouver dans les armoiries et les écussons. Les chaînes sont devenues le symbole de l’esclavage quitte à être anachronique quand dans un Peplum, on voit les esclaves enchaînés entre eux. À l’heure du woke américain, du néo-racialisme et de l’idéologie cocooning, la chaîne est le symbole du progressisme. « Il faut briser les chaînes » est devenu le leitmotiv des journaux féminins, mais pourtant, il faut bien aller faire la queue devant les chaînes de magasins pour acheter les biens de consommation produits à la chaîne dans un pays en voie de développement. On parle aussi des chaînes télés, et des éléments qui eux par contre sont déchaînés. Les chaînes sont dans les esprits, les idéologies et les maux. L’enchaînement des mauvaises nouvelles, des catastrophes. Les chaînes ne servent plus à bâtir, mais à entraver dans un XXIe siècle où la sécurité enchaîne les rêves de liberté. Les chaines servent aussi à protester et les activistes de la libération animale en font souvent usage en s’enchainant aux grilles des abattoirs.
Des chaines et des jeux
Les chaines design des casinos de Monaco qui laissent et séparent les joueurs. Dans les halles des machines à sous, les chaines sont aussi sociales quand elles forment les barrières entre ceux qui peuvent jouer à des jeux de table lambda pour les joueurs lambda et ceux qui vont dans les carrés VIP boirent du champagne et perdre des mains pour des milliers de dollars. Et puis, il y a les chaines qu’on lance le plus loin possible dans un concours qui cherche l’homme le plus fort du monde. La Petite Reine ne serait rien sans les chaines de son vélo, mais elles ne seraient pas un mythe sans les chaines de montagne qui font les héros du Tour. Les chaines, c’est aussi la luxure des donjons qui racontent les histoires d’O, là où on s’enchaine, là où on se déchaine et on s’attache les membres quitte à parfois mettre son cœur en laisse.
Les chaines pour être belle et beau
Les chaines sont aussi accrochées à nos poignets, à nos cous et nos chevilles. D’or et d’argent, accrochant à nos coups,nos étoiles de David, nos croix et nos mains de Fatima, elles sont entrées en religion. Les bijoutiers en ont fait des colliers de perles, le fil d’arianedes pierres précieuses et un écrin de leur savoir-faire. Les designers les utilisent pour accrocher des lampes ou réaliser des rideaux dans un style industriel. Elles sont façonnées par des artisans dans toutes les matières et toutes les couleurs. Les chaines sont sorties des murs, mais certainement pas de l’histoire des hommes.
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Cet article a été écrit par Mélissa

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